Thème 3

APPROCHE GLOBALE DES RISQUES DE PROJETS

Ce texte a été élaboré avec la participation des personnes suivantes

M. Carrère (Coyne et Bellier)
M. Delmotte ( CSTB)
M. Deneufbourg (AFPCN)
M. Denis (Université de Bordeaux)
M. Barbet (SECTOR)
M. Munier (ENSAM/ESTP)
M. Altier (SNCF)

INTRODUCTION

Les financeurs, donneurs d'ordre et maître d'ouvrage sont de plus en plus confrontés à des contraintes de réalisation d'équipements aux performances optimisées et aux meilleurs coûts et délais. Pour ce faire ils mettent en place des organisations par projet où les méthodes de management de projet se superposent aux méthodes courantes de gestion.

Ces organisations ont des effets immédiats sur la gestion des risques de l'entreprise et méritent que l'on en développe les concepts et les techniques qui semblent les plus appropriés.

Dans le domaine du risque la préoccupation essentielle est la prévention plutôt que l'action curative une fois le risque avéré. Il s'agit donc d'anticiper au maximum, de mesurer en permanence l'efficacité de cette anticipation et donc de limiter au maximum les conséquences du risque avéré. Cette efficacité passe en particulier par une estimation (processus d'affectation de valeurs de probabilité et de gravité) et une évaluation (processus de hiérarchisation et de comparaison) des différents risques en cause, et ceci après avoir procédé à leur classification et identification.

CLASSIFICATION ET IDENTIFICATION DES RISQUES

La classification des risques peut se faire par nature (environnement naturel , limites des connaissances techniques, facteurs organisationnels et humains), par chronologie ou par acteurs (Pouvoirs publics, Financeurs, Maîtres d'ouvrage, Concepteurs, Entreprises et Fournisseurs, Assureurs, Exploitants et utilisateurs)

Pour des projets identiques (même projet réalisé dans le même environnement) ou similaires (par exemple un programme de construction de centrales nucléaires représentant un même projet réalisé dans des environnements différents), on peut considérer sans faire appel aux lois des grands nombres et après analyse qu'un événement qui se répètent plusieurs fois mérite d'être identifié comme risque potentiel et traité en tant que tel. C'est l'identification par l'expérience

On peut également faire appel à l'identification systémique basée sur :


Une approche inductive fondée sur des questions du type : qu'est ce qui se passe si ? avec 2 étapes distinctes :


- Première étape : caractériser ce que l'on fait ou ce que l'on veut faire, et comment on le fait ou comment on va le faire, avec quels moyens et à quels niveaux de performance
Pour aider à atteindre cette première étape ont été développées des méthodes dites d'analyse fonctionnelle avec différentes variantes de mise en œuvre .


- Deuxième étape : identifier de la façon la plus exhaustive possible, et sans a priori, l'ensemble des événements redoutés susceptibles d'affecter les projets
Là encore des méthodes ont été développées pour supporter et aider la démarche : principalement l'Analyse Préliminaire des Risques (APR) et l'AMDEC système


Une approche déductive fondée sur la question : qu'est ce qui peut être à l'origine de ? : la méthode part d'un événement redouté identifié par ailleurs (par ex. APR, retour d'expérience) : événement de tête de l'arbre (en anglais top event). Elle consiste ensuite à identifier les différentes combinaisons possibles d'événements qui peuvent entraîner la réalisation de l'événement de tête.

LES METHODES D'ESTIMATION

- les méthodes traditionnelles


En règle générale, l'estimation d'un risque se fait à partir de sa probabilité d'apparition (occurrence) et de sa gravité (impact). On peut " rajouter " à cette estimation, un coefficient lié à la probabilité de détection du risque.
Occurrence et impact, sont mesurés sur une échelle de valeurs dont le détail est fonction du degré de complexité que l'on veut apporter à l'évaluation et la gestion du risque (de 1 à 4 dans les cas simples, de 1 à 10 dans les cas complexes)

- les méthodes probabilistes objectives

les bases de données


Méthodes scientifiques ou objectives dans lesquelles on peut retrouver :


Les méthodes statistiques, basées sur l'expérience passée et permettant de donner une probabilité précise sur la base de la loi des grands nombres


Les méthodes probabilistes, basées sur des calculs techniques de fiabilité et de taux de défaillance (calculs ou expérimentations)


Les analyses combinatoires permettant à partir de probabilités élémentaires, de raisonner sur des ensembles plus importants ou sur la totalité du projet (méthode de Monte Carlo)


l'estimation fiabiliste
L'estimation du niveau de fiabilité d'un système peut s'effectuer par l'une des approches décrites ci-dessous.


METHODES DE NIVEAU 1


Les méthodes de niveau 1 permettent de justifier que les niveaux de fiabilité requis pour un système donné sont atteints dès qu'un certain nombre de conditions, écrites dans un format de calcul prédéfini sont vérifiées. Aucun calcul de probabilité de défaillance n'est effectué.

METHODES PROBABILISTES DE NIVEAUX 2 et 3


Les méthodes probabilistes de niveaux 2 et 3 reprennent le principe du calcul aux états limites : on se fixe un certain nombre d'états limites (modèles mathématiques décrivant de manière appropriée le phénomène conduisant à la défaillance dont on veut se prémunir) au delà desquels on considère que le système est défaillant, et on estime la probabilité de dépassement de cet état limite.
Ce sont des méthodes intégralement probabilistes, qui permettent de déterminer des probabilités de défaillance réelles. Elles présentent l'avantage majeur de ne dépendre d'aucune hypothèse limitative.

METHODES POSSIBILISTES


Les méthodes précédentes supposent que les modèles mathématiques traduisant le phénomène de défaillance sont explicitement connus, ce qui est loin d'être toujours le cas . Il est possible de pallier à ce manque de connaissance par utilisation d'avis d'experts dans une approche possibiliste basée sur des concepts de logique floue.

- les méthodes probabilistes subjectives

ELICITATION A DIRE D'EXPERT

De nombreux statisticiens ont longtemps été réticents pour introduire dans leurs estimations les connaissances des experts. Pour ces derniers, l'analyse statistique basée sur la fréquence de répétition d'un événement est la seule procédure objective permettant d'évaluer correctement la probabilité de cet événement.
Dans le cas d'évènements rares, le concept classique de fréquence est encore moins justifié. L'estimation des probabilités d'évènements rares se trouve fortement limitée par les incertitudes sur les données, leur faible nombre et par l'incertitude sur les modèles. Les connaissances a priori des experts, dans ce cadre particulier, peuvent améliorer de façon significative la capacité d'un modèle statistique dans l'extrapolation des queues de distribution.
Les informations disponibles sur un paramètre seront donc les avis d'expert sur le comportement de ce paramètre (information initiale ou information a priori) et les données observées ou observations sur ce même paramètre (utilisation du théorème de Bayes).

ELICITATION EXPERIMENTALE : ENCODAGE DES PROBABILITES SUBJECTIVES

Face à l'absence ou la non fiabilité des fréquences liées aux risques, les gestionnaires de risques recourent le plus souvent à des subterfuges qui sont aussi illusoires les uns que les autres :


- recourir au dire d'expert " directement " en demandant aux personnes familières des phénomènes de " donner une probabilité " à tel ou tel phénomène.


- utiliser directement un " logiciel " d'estimation des lois de probabilité
La conclusion de tout cela est que si l'on utilise les méthodes courantes de " cartographie " des risques, même si chacun des membres du groupe a confirmé son accord sur une représentation proposée, il y aura représentations individuelles non superposées de ladite grille.

Tenir compte effectivement et honnêtement de l'opinion des parties prenantes requiert une mesure de ces opinions.

LES CONTRIBUTIONS DE LA PSYCHOLOGIE COGNITIVE ECONOMIQUE

Or, on peut souvent faire mieux et on sait comment procéder si l'on tient compte des contributions scientifiques de la psychologie cognitive. Ces contributions constituent non seulement des modélisations du risque nouvelles mais aussi une véritable " ingénierie " des théories existantes. On se limitera donc ici à la modélisation la plus courante du risque : espérance de gain ou de perte ou espérance d'utilité.

METHODES DE REVELATION INDIRECTE : PROBABILITES SUBJECTIVES

Il s'agit de méthodes non paramétriques, qu'il n'est pas interdit de combiner ensuite avec des méthodes paramétriques, voire avec d'autres méthodes non paramétriques comme la méthode d'estimation par fractiles ou la méthode de Moore et Thomas, ou encore d'encadrer par l'utilisation de progiciels dont on a fait état plus haut. On se borne à l'évocation de trois méthodes de base.


- La méthode des paris opposés équivalents.
- La méthode des équivalents certains
- La méthode des loteries équivalentes

LES METHODES D'EVALUATION

- les enjeux

On se positionne dans le domaine de l'anticipation et de la prévention, plutôt que dans celui de la gestion de la conséquence une fois le risque avéré

Les enjeux sont liés aux méthodes d'estimation et d'évaluation du risque, celles ci devant être globales à la fois techniques et économiques

- les méthodes

La méthode d'évaluation se fait en 2 étapes :

- la détermination des règles de hiérarchisation :
- la détermination du degré d'acceptabilité, qui peut être faite de plusieurs manières : évaluation " scientifique ", évaluation individuelle " à dire d'expert ", évaluation participative et collective.